SON_VISAGE_ET_LE_TIEN_JENNI-Bande

 

 

Dans cet ouvrage prodigieux, il est question de Dieu, non pas ce Dieu contenu dans les préceptes et les dogmes d’une chapelle qui en étouffe l’Essence, mais Celui qui sans cesse nous attire et nous élance au-delà de nous-mêmes.
De ce Dieu là, si nous ne pouvons rien en dire sans le fausser, ni rien en savoir avec notre raison bornée à l’immanence, nous pouvons cependant en capter quelques éclats fugitifs et fragiles dans les seuls lieux qui sont à notre disposition : notre sensibilité et le corps sensible de l’autre. 
Notre sensibilité est avant tout, pour peu qu’on y fasse attention, l’organe de notre réceptivité, l’organe de notre accueil de tout ce qui peut surgir. Notre sensibilité permet donc à l’encore innomé de « se laisser sentir » à travers nos sensations, nos sens. 
Innomé qui se laissera ensuite classer dans une catégorie de notre monde, mais aussi, parfois, nous effleurera dans la très discrète fulgurance de son apparition : Qui n’a perçu la brève lueur de l’Autre dans le regard de l’ami ? le murmure de l’Autre dans le silence d’une église abandonnée ? la trace de l’Autre dans la lecture d’un poème ? 

« le seul lieu de Dieu est le corps de l’homme, celui dont il prévoyait qu’il le reconstruirait en trois jours. Le lieu de Dieu est le corps de l’homme, il n’est pas d’autre lieu où il puisse être perçu, connu, reconnu. Le lieu de Dieu, ce sont les cieux repliés dans le corps de l’homme, ces voûtes faites d’os et de chair à l’intérieur, les voûtes du crâne et celles de la poitrine, repliement infini d’une grande surface où son visage serait visible si elle était dépliée; mais repliée, cette surface où il apparaît constitue notre corps, et l’exploration de ses plis pour enfin voir l’image qu’il contient est la tâche de toute une vie ».