Tranche de livre

12 octobre 2014

Jenni Alexis - Son visage et le tien

SON_VISAGE_ET_LE_TIEN_JENNI-Bande

 

 

Dans cet ouvrage prodigieux, il est question de Dieu, non pas ce Dieu contenu dans les préceptes et les dogmes d’une chapelle qui en étouffe l’Essence, mais Celui qui sans cesse nous attire et nous élance au-delà de nous-mêmes.
De ce Dieu là, si nous ne pouvons rien en dire sans le fausser, ni rien en savoir avec notre raison bornée à l’immanence, nous pouvons cependant en capter quelques éclats fugitifs et fragiles dans les seuls lieux qui sont à notre disposition : notre sensibilité et le corps sensible de l’autre. 
Notre sensibilité est avant tout, pour peu qu’on y fasse attention, l’organe de notre réceptivité, l’organe de notre accueil de tout ce qui peut surgir. Notre sensibilité permet donc à l’encore innomé de « se laisser sentir » à travers nos sensations, nos sens. 
Innomé qui se laissera ensuite classer dans une catégorie de notre monde, mais aussi, parfois, nous effleurera dans la très discrète fulgurance de son apparition : Qui n’a perçu la brève lueur de l’Autre dans le regard de l’ami ? le murmure de l’Autre dans le silence d’une église abandonnée ? la trace de l’Autre dans la lecture d’un poème ? 

« le seul lieu de Dieu est le corps de l’homme, celui dont il prévoyait qu’il le reconstruirait en trois jours. Le lieu de Dieu est le corps de l’homme, il n’est pas d’autre lieu où il puisse être perçu, connu, reconnu. Le lieu de Dieu, ce sont les cieux repliés dans le corps de l’homme, ces voûtes faites d’os et de chair à l’intérieur, les voûtes du crâne et celles de la poitrine, repliement infini d’une grande surface où son visage serait visible si elle était dépliée; mais repliée, cette surface où il apparaît constitue notre corps, et l’exploration de ses plis pour enfin voir l’image qu’il contient est la tâche de toute une vie ».

Posté par hedwige_ à 15:39 - - Commentaires [4] - Permalien [#]


17 mai 2014

Keegan Claire - Les trois lumières

téléchargement

"Les Trois lumières" est un tout petit livre de l'irlandaise Claire Keegan, petit de taille mais infini d’émotions !
C'est l'histoire d'une petite fille sans nom "déposée" le temps des vacances d'été chez un couple sans enfants, le temps que sa mère accouche d'un xème enfant non désiré.
Petit à petit auprès d'eux, elle découvre ce qu'est recevoir de la tendresse, de l'attention, de la gentillesse. Mais avec la naissance de son petit frère et la rentrée scolaire, elle devra, avec douleur et avec peur, retourner chez ses parents..
Quelle délicatesse, quelle poésie dans la narration de ce récit où les émotions ne sont jamais dites, les réalités essentielles jamais exprimées, mais où tout se lit dans les signes discrets et les silences évocateurs
Le titre évoque une scène magnifique du livre où un beau soir le père adoptif emmène la petite « Pétale », ainsi qu’il la nomme, contempler les lumières reflétées sur la mer. Combien en vois-tu ? lui dit-il. Deux répond l’enfant. Il conduit alors la petite un peu plus loin : Et à présent combien y en a-t-il ? Trois ! s’écrie alors Pétale qui comprend et sourit à ce rêve partagé

Posté par hedwige_ à 18:46 - - Commentaires [4] - Permalien [#]

16 mai 2014

Cabré Jaume - Confiteor

images

Ce roman immense se déploie autour d'un violon d'exception, datant du début du XVIIIème siècle, qui traversera les époques et les siècles en recueillant sur son trajet toutes les formes du mal dont l'homme est capable.
Ni l'art, ni l'érudition ne sont capables d'enrayer les racines de ce mal qui se conjugue actuellement, ainsi que le démontre le héros de cette histoire formidable, aux temps de la lâcheté qui ne veut rien entendre sur les retentissements de sa soumission à plus puissant que lui, et à celui de cette avidité qui ne veut rien savoir sur la provenance de ce qu'il convoite.
Tel ce violon enfermé dans un coffre au code secret, l'homme adonné au mal étouffe en lui ces savoirs essentiels dont le code d'accès est le regard douloureux de l'Autre qui dans son « pourquoi ? » muet l'invite à la justice.
Et même le confiteor qui s'ensuit, toujours trop tardif, même la réparation toujours exercée par contumace n'effaceront le mal dont l'autre aura eu à souffrir.

Ne pas vouloir savoir n'est-ce pas ce que nous effectuons, nous tous, et chaque jour, en consommant aveuglément et en agissant sous la loi de notre bon plaisir ? A quoi un Lévinas, dans la rigueur de sa pensée, nous répond, reprenant le propos de Dostoïevski dans les Frères Karamazov « Nous sommes tous coupables de tout, devant tous, et moi plus que quiconque »

Posté par hedwige_ à 00:25 - - Commentaires [2] - Permalien [#]